Nouvelles et courrier du monde astronomique...

Lettre à l'attention de Madame M. BRUNSCHWIG GRAF, Conseillère d'Etat, Présidente du D.I.P.

CONCERNE : Projecteurs des discothèques en périphérie de Genève

Madame la Présidente

Permettez-moi de vous soumettre un problème qui me tient particulièrement à cœur. Je suis, depuis 30 ans, professeur de physique au Collège Rousseau. Depuis le début de ce collège, nous avons intégré l'étude de l'astronomie à l'enseignement de la physique (2ème O, 3ème N, F du système Rousseau; O.C. de la nouvelle ORRM). De plus, j'assure depuis 15 ans l'animation d'un cours facultatif d'observation astronomique (le collège possède trois télescopes très performants) qui rencontre un vif succès, puisqu'une vingtaine d'élèves le suivent chaque année. Les semaines "Hors-Cadre" d'astronomie organisées avec M. de Carlini ont également été très demandées, puisque, à chaque fois, nous avons malheureusement dû refuser des élèves, faute de places. Enfin, je suis, depuis deux ans, chargé du cours d'astrophotographie donné à l'Observatoire F.X. Bagnoud de St-Luc, dans le cadre de l'école d'été d'astronomie organisée à l'intention des professeurs du secondaire de Suisse Romande par l'Observatoire de l'Université de Genève.

Au vu de ce qui précède, vous comprendrez aisément que je suis particulièrement sensible à la qualité du ciel nocturne genevois. Or, il est actuellement fort perturbé par l'éclairage violent engendré par de puissants projecteurs DCA mobiles installés par trois discothèques (St Genis, Annemasse et le déjà trop fameux Macumba). De telles perturbations sont parfaitement illégales.

Soutenu par Marianne Extermann, j'étais, en son temps, déjà intervenu auprès de votre prédécesseur, M. Dominique Föllmi, qui avait obtenu du Préfet de Haute Savoie l'interdiction momentanée de ces nuisances nocturnes.

Profitant d'un certain flou juridique, les propriétaires des discothèques ont repris leur travail de destruction du ciel étoilé, rendant très difficile toute observation à l'œil nu et aux instruments et interdisant toute photographie à longue pose.

La découverte du ciel nocturne et de ses innombrables splendeurs, la prise de conscience, suscitée par l'étude de l'astronomie, de notre situation dans l'Univers et de la fragilité de notre planète, sont pour nos collégiens ( et pour chacun de nous !) de la plus haute importance tant formatrice et pédagogique que culturelle, voire éthique ou philosophique. Aussi est-il de notre devoir de tout mettre en œuvre pour préserver ce patrimoine exceptionnel que constitue notre ciel étoilé.

Ce dossier est connu depuis fort longtemps et de nombreuses voix s'élèvent régulièrement contre ces pratiques sauvages qui portent atteinte au droit à la nuit. La Société pour la Protection de l'Environnement (SPE), la Société Astronomique de Genève (SAG), les Verts de part et d'autre de la frontière, des journalistes ainsi que plusieurs astrophysiciens de l'Observatoire de Genève ont déjà vivement réagi. De plus, ce problème n'inquiète pas seulement les défenseurs de l'environnement et les milieux de l'astronomie, et j'entends de plus en plus de citoyens pester contre les désagréments engendrés par ces projecteurs.

Voilà pourquoi, Mme la Présidente, un simple professeur de physique, désespéré par la destruction d'un de ses outils pédagogique, et un citoyen fâché par ces atteintes à la beauté du site genevois, se permet de faire appel à vous, afin que le Conseil d'Etat, usant de sa haute autorité, intervienne auprès des préfets de Haute Savoie et de l'Ain afin qu'ils fassent cesser cette pratique désastreuse. Je suis bien conscient que ce problème pourra passer pour bien anodin en regard des grands défis auxquels vous vous trouvez confrontée, mais je reste persuadé que la sauvegarde de notre cadre de vie doit rester une priorité.

De nombreuses personnes autour de moi attendent une réponse à ce problème, et j'attends avec impatience que vous me fassiez part des mesures que vous aurez prises pour le régler.

En vous remerciant par avance de l'attention que vous voudrez bien porter à ma démarche, je vous prie d'agréer, Mme la Présidente, à l'expression de ma haute considération.
Daniel CEVEY

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