Le collège Rousseau n'est pas un simple bâtiment, il a également certaines structures qui contribuent à faire son charme. Il vous est possible d'en avoir une présentation en cliquant sur les liens mis à votre disposition ci-dessous.

La mare | La fontaine


La fontaine du Collège Rousseau

Il y a la feuille blanche.
J'ai imaginé une feuille de papier qui voltige dans le ciel.
Elle vient se poser doucement au milieu de l'esplanade de collège.
Comme si c'était par hasard, elle est nonchalamment tombée à la rupture de deux niveaux et sa surface ploie légèrement en épousant le bord de l'arête. La nature de la feuille de papier est d'être libre.
Comme l'air, comme la pensée, comme la culture.
C'est pourquoi elle affiche un décalage avec les perpendiculaires du plan général du collège.
Mais, clins d'œil au passé, on la découvre rigoureusement parallèle au péristyle neo-classique qui lui fait face.
J'ai voulu suggérer que cette page de porcelaine blanche était, a la fois, le symbole et la surface d'inscription du savoir.
Comme l'eau, le savoir court indéfiniment de haut en bas de la feuille, il se ressource et renaît à chaque seconde et en chaque point de son flux.

Mme Setsuko Nagasawa, son idéatrice

La fontaine dans toute sa splendeur

C'est à la suite d'un concours de décoration sur invitation (7 artistes invités) organisé par le Fonds cantonal de décoration et d'art visuel du canton de Genève en 1987, que le projet de Mme Setsuko Nagasawa (diplômée de l'Université des Beaux-Arts de Kyoto, au Japon) a été retenu en avril 1988. L'œuvre fut terminée en septembre 1990. La manifestation d'inauguration (qui a eu lieu le mardi 15 octobre 1991) avait pour but de marquer l'originalité de cette création artistique et de rappeler le souci qu'a l'Etat de Genève de faire bénéficier les établissements scolaires du canton, et notamment les collèges, de la présence d'œuvres plastiques et visuelles de caractère contemporain et de grande qualité.

Une fontaine qui ne fit pas l'unanimité à l'époque... si l'on en croit l'article paru dans la "Suisse", le jour suivant son inauguration.

« Fontaine, les collégiens ne veulent pas de ton eau »

La nouvelle fontaine du Collège Rousseau ne plaît pas à tout le monde. Surtout pas aux élèves, qui ont manifesté leur mécontentement hier matin, à l'occasion de son inauguration.

A 11 h 20 mardi matin, le chef-d'oeuvre de Setsuko Nagasawa ressemble plus à un bain moussant parfumé qu'à une fontaine. Travaux d'entretien ou farce des étudiants, la réponse ne se fait pas attendre.

« Nous n'aimons pas cette fontaine. »

« Est-ce une tirelire ou une planche à lessive ? »

On la compare à des toilettes pour messieurs. Le discours de Christian Grobet, chef du Département des travaux publics, auquel est rattaché le Fonds de décoration qui a sélectionné l'ouvrage, calme un peu les esprits:

« Les oeuvres de Michel-Ange ont elles aussi été contestées. »

L'idée de départ: une source, une source de vie et de dynamisme, comparable à celle qu'a insufflée Gilbert Perret, ancien directeur du Collège et instigateur du système de cours à options, décédé en 1986. De projet, la source est devenue fontaine de porcelaine avec ses céramiques travaillées. L'artiste, professeur aux Arts décoratifs (EAD) et à l'Ecole supérieure des arts visuels (ESAV), a imaginé « une feuille de papier voltigeant dans le ciel et venant se poser dans la cour. Sur cette page blanche, de l'eau, synonyme de savoir et de culture, qui ruisselle et renaît en chaque point de son flux. »

« Chauvins », les jeunes?

Pour certains, « la fontaine serait mieux en couleurs », plus ceci et moins cela. Mais la polémique tourne autour du fait que le jury a rejeté le projet de Jean-Jacques Fiorina, enseignant à Rousseau. Un certain « chauvinisme ». voilà ce qu'expriment les réactions des élèves: « Cela fait partie de la vie d'une école », conclut Marianne Extermann, la directrice de l'établissement.

A la fontaine Jean-Jacques

Source joyeuse et claire recueillie par la vasque en deux demi-cercles de douceur comme deux mains en creux se passant l'eau précieuse surgie des douze vases réunis en rondeur et ruisselant de leurs sommets eau vive des douze heures du jour des douze mois de l'année des douze maisons du zodiaque des douze disciples fraternels source un instant retenue désormais apprivoisée puis filant du nord au sud porteuse du dialogue du partage et de la force de la sève qui y puisent les arbres à la porte du gymnase où s'échange l'eau de l'esprit.

Esprit vent maître eau devenue présence immatérielle rayonnant aux quatre points cardinaux sans limites ouverte à l'univers présence de tous les échanges et de tous les instants vrais.

Esprit lumière du levant dans le petit matin clapotant par les cymbales du grand midi vers le couchant d'or qui ruisselle eau solaire allumant les menhirs rouges et noirs pierres levées de terre immobiles dynamiques axiales se croisant au lieu de toutes les retrouvailles dans le temps et l'éternité à la source.

Textes tirés de la Plaquette d'inauguration de la fontaine, Octobre 1991.


La Mare

La mare de notre collège fait partie des "outils pédagogiques" au service de l'enseignement de la biologie: en prolongement, mais parfois aussi en rupture avec le discours théorique, elle permet un accès direct à la complexité du milieu vivant. L'élève et le maître sont alors confrontés avec une réalité qui dépasse toujours l'observateur en faisant éclater les certitudes et les explications trop simples : nécessaire apprentissage de l'humilité !

Un bassin de dimensions modestes permit de remplir dans un premier temps une partie des objectifs fixés; mais son envahissement par quelques espèces de grande taille qui recouvrirent rapidement presque tout le plan d'eau rendit son exploitation difficile.

Au début des année 1980, un nouveau projet fut alors mis en chantier pour donner à notre petit étang ses dimensions actuelles. Sa conception devait refléter la zonation naturelle des espèces végétales, avec les plantes d'eau profonde, celles qui vivent dans l'eau et celles qui, bien que terrestres, nécessitent un substrat imbibé d'eau. Une tourbière artificielle venait compléter la mare, augmentant encore la diversité de l'offre en niches écologiques. Enfin, ce coin de nature - qu'il fut malheureusement nécessaire de délimiter par une clôture, ce qui est en soi un témoignage de la dégradation de notre milieu! - offre une zone périphérique qui fut mise à profit pour rassembler une petite collection de plantes remarquables, notamment des espèces vénéneuses et des orchidées indigènes, ainsi qu'une ou deux plantes de rocaille.

Illustration de l'utilisation utopique de la mare

L'inauguration de la nouvelle mare pédagogique du Collège Rousseau a eu lieu le Vendredi 6 juin 1997. A vrai dire, il ne s'agit pas seulement d'une simple restauration de la mare : c'est un superbe arrangement paysagé qui est mis à la disposition des élèves et des maîtres de biologie du collège. Ce qui frappe aujourd'hui, c'est l'harmonie qui se dégage de la composition de ses différents éléments où alternent la surface plane de l'eau, les rochers qui la subdivisent et les reliefs qui l'entourent. La végétation s'y est développée : c'est ainsi la nature, aidée du jardinier, qui prend possession de ce site créé pour elle et qui vient mettre la dernière touche au tableau.

Qu'elle était belle cette mare..

C'est ainsi que ce site fut conçu pour illustrer sur un petit espace un maximum de variété naturelle : hormis la mare proprement dite, une roselière ménage une zone de transition entre l'eau et la terre ; une minuscule rocaille constamment arrosée, une petite zone de prairie humide et surtout, une tourbière acide, viennent compléter cette palette de biotopes aquatiques ou semi-aquatiques qui sont prolongés en contre-bas par un ruisseau dont le dessin reproduit au mieux les accidents naturels d'un cours d'eau. Un mur de pierres sèches tourné au sud et une prairie maigre bordée d'une hale naturelle illustrent par ailleurs les biotopes terrestres, voire séchards. Enfin, le monde minéral est représenté par de grosses pierres permettant l'accès au coeur même de la zone humide et qui ont été soigneusement sélectionnées pour leur intérêt géologique.

Cette sorte d'écrin à compartiments multiples destiné à recevoir de très nombreuses espèces de plantes et d'animaux a déjà été ensemencé par des prélèvements faits avec précaution dans différents milieux naturels : mais c'est la nature elle-même - ici toutefois sous haute surveillance - qui, en fonction d'affinités entre les espèces qui ne sont pas entièrement prévisibles, décide, à terme, des peuplements et de l'allure générale du site.

Bien sûr, ce qui nous apparaît aujourd'hui ne s'est pas fait tout seul et ce n'est pas le moindre des paradoxes qu'il faille intervenir une fois de plus avec des moyens aussi peu naturels que des pelles mécaniques et des couvertures de plastique pour reconstituer ici ce qu'on a détruit ailleurs et que la nature produisait elle-même. Un autre paradoxe est de devoir enfermer dans un enclos cette reconstitution de la nature : c'est que, hélas, il faut la préserver de la bêtise humaine ...

Ces interventions ne sont pas entièrement nouvelles et une mare avait été aménagée depuis de nombreuses années : son revêtement bétonné a été conservé. Mais des fissures y étaient apparues et l'eau s'échappait dans le terrain, provoquant même la chute d'un arbre par pourrissement des racines. Et c'est en 1989 déjà que, en tant que chef de laboratoire de biologie, je proposai un plan de réparation qui, au delà de ce qu'exigeait l'entretien. incluait déjà la plupart des aménagements qui ont été réalisés en 1997. Ce plan fut remis dans un tiroir, faute de financements, mais en ressortit il y a quelques années, alors même que les restrictions budgétaires étaient devenues plus sévères. Je tiens à souligner que ce petit miracle doit être attribué à une conjonction de bonnes volontés qui permit d'assurer le financement et la réalisation. Une réalisation qui alla même au-delà du projet initial, tant ceux qui l'ont concrétisé ont mis leur imagination, leurs connaissances et surtout leur enthousiasme à le parfaire. Et là, c'est l'engagement de deux personnes qui fut absolument déterminant : celui de M. Robin Rouge et de M. Guy Lefrançois.

Robin Rouge, maître à l'Ecole de formation préprofessionnelle (unité 4) de St Gervais, trouvait ici la possibilité d'engager ses élèves dans une activité concrète et variée dont ils peuvent être fiers à juste titre ; à eux aussi va notre gratitude : ils ont souvent exécuté les travaux les plus pénibles, lorsque la pluie transformait le terrain en bourbier.

La mare en préparation

On remarquera que notre mare mérite ainsi le qualificatif de « pédagogique » à double titre puisque sa construction, et pas seulement son usage, a été réalisée dans la perspective de l'éducation et de l'enseignement.

Guy Lefrançois, assistant technique et d'enseignement en biologie dans notre collège à l'époque, fut l'autre pilier de cette réalisation : on lui doit les mille et une initiatives qui permirent de passer de l'idée à la réalité : un travail qui requérait d'excellentes connaissances des milieux naturels aussi bien qu'une débrouillardise à toute épreuve, deux qualités dont notre assistant était et est toujours abondamment pourvu ! On doit encore à la collaboration permanente de Guy Lefrançois avec Robin Rouge l'initiative de contacts avec les divers services officiels, bref, en un mots, d'avoir fait avancer le projet jusqu'à sa réalisation finale.

Guy Lefrançois en pleine action

Cette réalisation fut encore rendue possible par l'apport plus spécifique d'autres personnes que nous voulons ici remercier :

M. Rocamora et le DTP (Canton de Genève) qui a assuré le financement et la réalisation de gros travaux (camionnage des roches et du sable), l'édification de la clôture ainsi que celle du puisard et de l'installation électrique nécessaire au pompage de l'eau. Relevons que l'entreprise Zschokke a livré des pierres et de la terre glaise à un coût particulièrement avantageux.

M. Beer et le SEVE (Ville de Genève) qui a fourni la bâche assurant l'étanchéité de la mare et de la roselière, ainsi que la tourbe et les plantons pour la haie, et qui a mis encore à disposition les engins nécessaires à modeler les surfaces de terre.

Le Jardin botanique (Ville de Genève) qui a donné les plantes aquatiques, ainsi que l'AGPN (Pro Natura) et le WWF qui ont offert, respectivement, les nichoirs et les semences pour la prairie.

Enfin, le Collège Rousseau a notamment fourni la pompe et une partie des plantes, et c'est le mécanicien de l'école, M. Stutz (qui profite d'une retraite bien méritée), qui a fabriqué le ponton, solide et durable, qui permet d'accéder à la zone la plus profonde de la mare. Nos remerciements vont encore à M. de Carlini, directeur du collège, qui a considéré avec bienveillance les travaux souvent bruyants qui étaient menés sous ses fenêtres

Gérard Eperon, maître de biologie. Texte tiré de la plaquette éditée pour l'inauguration.

Quelques images de la mare actuelle:

Niche écologique!!! La nature enfermée On voit quand même la mare :D

Quelques images de la "caf"

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