Histoire du Collège
« Nous ne cherchons à connaître que parce que nous désirons de jouir, et il n'est pas possible de concevoir pourquoi celui qui n'aurait ni désir ni craintes se donnerait la peine de raisonner. »
Jean-Jacques Rousseau, Discours sur l'Origine de l'inégalité.
LES PREMIERS DIRECTEURS
WERNER UHLIG
1924 - 1969
En 1967 déjà, Werner Uhlig est pressenti par le Département de l'instruction Publique pour être le premier directeur de notre Collège. Il meurt peu de temps après avoir présidé à son inauguration, en octobre 1969. Il n'aura pu exercer une fonction qui lui tenait à cœur. Il s'était réjoui de cette occasion qu'on lui donnait de mettre en œuvre ses idées, de poursuivre une entreprise pédagogique à laquelle il avait voué une bonne part de sa vie. La mort met fin prématurément à la carrière d'un homme d'engagement.
Werner Uhlig naît en 1924 dans le canton de Saint-Gall, à Rorschach, sur les bords du lac de Constance, à l'autre bout de la Suisse. Son père, relieur de son métier, est le fils d'un Wanderbursch qui s'est arrêté là après avoir quitté la Prusse orientale. Sa mère est elle-même d'origine salésienne. Werner Uhlig fait ses classes à Rorschach d'abord, puis au Gymnase de Saint-Gall, où il obtient sa maturité. En 1944, toute la famille émigre à Genève; le père y a trouvé un emploi, à la Croix-Rouge.
Werner Uhlig entre à la Faculté des Lettres de notre Université. Il en sort avec le grade de licencié en allemand, anglais et français. Il songe à préparer une thèse sur Carl Spitteler, sous la direction du professeur Bohnenblust. Il y travaille quelques mois, puis renonce. Il choisit d'enseigner. C'est là ce qui l'intéresse le plus. En 1950, M.Zoller lui confie un poste pour l'allemand au Collège de Genève, dans les bâtiments de l'actuel Collège Calvin. Désormais Werner Uhlig se consacrera entièrement à sa profession.
Quand il entame son parcours, le manuel en vigueur pour l'enseignement de l'allemand est manifestement désuet. Avec Jean-Bernard Lang et Charles Chatelanat, Werner Uhlig se lance dans l'aventure du WSD - Wir Sprechen Deutsch - dès 1956. Durant plus de 20 ans, tous les écoliers de Romandie apprendront l'allemand dans ce remarquable manuel, dont certains regrettent aujourd'hui qu'on l'ait abandonné. Avec ses collègues Emil Wismer et Georges Pucher, Werner Uhlig publiera encore, en 1959 et 1960, les deux volumes de Deutsches Schriftum, anthologie de textes qui couvrent cinq siècles de littérature germanique.
Werner Uhlig est un militant de la pédagogie. Il ne saurait en rester à l'élaboration d'un matériel. Ses perspectives d'autre part dépassent le cadre de sa propre discipline. S'il participe à la mise sur pied d'échanges d'élèves avec l'Allemagne et l'Autriche, à l'institution de la méthode directe pour l'enseignement des langues étrangères à Genève, il accepte aussi des tâches plus larges. Il s'occupe de la réforme de la section scientifique, est un partisan fervent de la maturité artistique en gestation, étudie en particulier les systèmes scolaires de Scandinavie, où on l'invite pour qu'il fasse part de ses vues. Toujours soucieux d'ouverture, de relations étendues, il est présent dans divers congrès du Conseil de l'Europe, où sa compétence d'enseignant et sa volonté d'union trouvent à se faire entendre.
Les qualités de Werner Uhlig sont trop évidentes pour que l'administration aussi bien que les organisations professionnelles ne fassent pas appel à lui. Il présidera d'abord la Société des Professeurs d'Allemand de Suisse Romande, puis la SSPES (Société Suisse des Professeurs de l'enseignement Secondaire). Il sera l'un des hommes à l'origine du congrès qui réunit pour la première fois, à Genève, pendant une semaine, en 1967, les enseignants helvétiques. Il sera d'autre part membre du Comité de l'Association des maîtres du Collège, et militant actif de l'UCESG (Union du Corps Enseignant Secondaire Genevois). De son côté, le Département de l'instruction Publique lui confiera d'abord la charge de doyen de la section latine du Collège, puis celle de méthodologue pour l'allemand. Il finira par diriger les Etudes pédagogiques de l'enseignement secondaire, avant d'être nommé à la tête du premier nouveau Collège, le nôtre.
Voilà résumé l'itinéraire de Werner Uhlig dans les fonctions repérables. Tout cela ne dit pas l'homme qu'il fut, ni les idées qui l'animaient. Sachons que Werner Uhlig était hanté par le souci de rapprocher les communautés alémaniques et romandes. A l'âge de douze ans, lors d'un tour de Suisse qu'il faisait avec son père, il aurait décidé qu'il habiterait plus tard le pays des Welsches. Il s'est établi à Genève, fidèle au vœu de son enfance, le hasard des circonstances aidant, sans doute. Mais, de ce hasard, il a fait un choix.
Werner Uhlig adhérait aux institutions de son pays. Enclin à privilégier les aspects positifs de toutes choses, il retenait d'elles ce qui pouvait favoriser l'union. Dans l'armée, il était capitaine, avec le même engagement, exigeant, et attentif aux personnes, que celui qu'il mettait à exercer son métier de professeur. Il voulait d'une Suisse réelle, renforcée, comme il souhaitait l'Europe. Pendant plusieurs années, il a tenu à la radio suisse-alémanique une chronique informant l'Outre-Sarine des événements de nos contrées. Enseignant l'allemand, Werner Uhlig ne voulait pas seulement transmettre une langue, mais une culture. Il voulait convaincre ses élèves genevois que la germanité était vraiment leur affaire, comme il s'était lui-même convaincu de l'importance de la Romandie.
Son épouse, ses enfants, ses amis, se souviennent de lui comme d'un homme de persuasion, respectueux d'autrui dans le débat, mû par une volonté puissante qui se manifestait dans une autorité naturelle. Il s'accordait peu de loisirs, qu'il consacrait à sa famille, au sport, à la lecture, aux spectacles. Il avait confiance dans la jeunesse, avec qui il savait être d'une cordialité qui se conjuguait fort bien avec l'inflexibilité pour ce qui était de l'essentiel.
Nous n'avons pas connu Werner Uhlig directeur. Il nous avait fait part de ses intentions générales, qui allaient vers l'ouverture et l'innovation. La maladie dont il ne se remettrait pas l'a frappé avant qu'il ne puisse exercer pleinement sa nouvelle fonction. Tous ceux d'entre nous qui en ont été les témoins restent sans doute impressionnés par le souvenir de l'extraordinaire dignité de cet homme qui, terriblement affaibli, et se sachant condamné, a tenu, en octobre 1969, a être présent à la cérémonie d'inauguration de notre Collège. Dans son discours, il a évoqué l'avenir, ses possibilités heureuses, les nouveaux chemins que nous pourrions parcourir. Il savait qu'il ne serait plus des nôtres. Mais pour lui, à ce moment et devant nous, il s'agissait de nous avant tout.
GILBERT PERRET
1924 - 1986
Gilbert Perret a pris ses fonctions de directeur dans notre Collège quelques mois après la mort de Werner Uhlig, son ami. En 1986, brutalement, la mort l'emporte à son tour. Il avait 62 ans, et nous avons dû célébrer sans lui la dixième promotion d'élèves obtenant une maturité dans le système à options qu'il avait mis sur pied, et qui fut le grand moment de sa carrière.
Gilbert Perret naît à Genève, de parents genevois, le 12 juillet 1924. Son père est violoniste à l'OSR, et sa mère est elle-même pianiste. La musique l'imprègne donc très tôt. Elle restera toute sa vie pour lui une référence, un bain dans lequel il aime régulièrement se ressourcer. Il joue lui-même de la clarinette, et compose à l'occasion, pour l'orgue en particulier.
Gilbert Perret fait toutes ses classes à Genève, où il obtient au Collège une maturité scientifique. A noter qu'en sus il reçoit le prix Hentsch, prix de français, ce qui témoigne déjà de ce goût pour la langue qu'il manifestera pour notre plus grand plaisir, devenu directeur, dans l'originalité de ses discours de promotion. Après la maturité, c'est la Faculté des Sciences, qui lui décerne le diplôme d'ingénieur-chimiste. Il occupera quelques années un poste d'assistant à l'université où il participera à des recherches sur le cracking catalytique du pétrole. Dans ce cadre, on l'enverra dans le canton de Zoug sur un champ d'exploitation pétrolière. Il découvrira d'autre part une technique élégante de production économique pour le plastique.
Puis c'est l'enseignement secondaire, l'Ecole Supérieure des Jeunes Filles d'abord, le Collège de Genève ensuite. Il exerce son métier avec maestria ; il en impose autant par son savoir que par ses dons pédagogiques. Il publie un manuel de chimie largement utilisé, à quoi il ajoute une adaptation du tableau périodique des éléments.
Gilbert Perret est de ces hommes qui inspirent la confiance par leurs compétences, leur entregent, et la fermeté d'une volonté calme. Ses collègues font appel à lui pour qu'il siège au comité des maîtres du Collège, puis pour qu'il dirige l'Union du Corps Enseignant Secondaire Genevois. L'Etat pour sa part lui confie la charge de doyen de la section scientifique. Il travaille, avec Werner Uhlig entre autres, à la réforme de cette section. Il est chargé aussi de la modernisation des laboratoires de son établissement, et collaborera à la conception de ceux du Collège Rousseau.
C'est en prenant la succession de Werner Uhlig que Gilbert Perret va pouvoir donner la pleine mesure de ses talents. Il n'a pas été très heureux lorsqu'il était collégien ; il ne se faisait pas à la pesanteur de la discipline qui régnait alors, pas plus qu'à la distance excessive qui séparait le professeur de l'élève. Très vite après avoir pris ses fonctions de directeur, il simplifie l'arsenal des mesures disciplinaires au point que les timorés croient pouvoir crier au laxisme. Mais Gilbert Perret a confiance. En instituant une mesure de liberté, il favorise la responsabilisation de l'élève. L'expérience lui donne raison. De ce point de vue déjà, Gilbert Perret fait école.
Il fait école encore, et surtout, en engageant le processus d'une réforme dont l'Etat lui a confié le mandat. Il s'y voue avec ténacité, âme d'un mouvement qui va bien au-delà d'une simple modification des structures. Nous n'en ferons pas ici l'historique, pas plus que nous n'en exposerons les modalités. Il existe assez de documents pour qui souhaite s'informer. De toute façon, au Collège Rousseau, et ailleurs aussi, où la réforme a essaimé, les choses se vivent, et il suffit d'y venir voir. On a pris l'habitude d'appeler cette réforme le système-Rousseau ; suggérons qu'on l'appelle le système-Perret. La réforme s'est passée dans notre établissement, et avec notre adhésion, c'est entendu. Mais elle a d'abord été l'œuvre d'un homme, qui l'a conçue, et ce serait rendre justice à ce dernier que de lui donner son nom.
L'Etat n'énonçait que les conditions générales du mandat, et fixait donc ses limites : les exigences de l'ORM (Ordonnance de Reconnaissance des Maturités), moule fédéral dans lequel Gilbert Perret devait se couler. Il en aurait volontiers fait sauter les contraintes, mais c'était là un autre combat, de longue haleine. Pragmatique, c'est-à-dire soucieux d'efficacité immédiate, et conscient que, dans notre pays, tout se fait à petits pas, et qu'il vaut la peine de les parcourir pour atteindre son but lointain, Gilbert Perret a joué le jeu, et a su mettre en place des structures d'une souplesse telle qu'on n'aurait pas imaginé, à première vue, que l'ORM pût en tolérer l'existence. Les élèves ont vu leurs possibilités de choix augmenter, et les professeurs s'élargir les champs de leurs enseignements, ce qui n'allait pas, évidemment, sans une augmentation de leurs charges.
Gilbert Perret n'ignorait rien des implications de son entreprise. On peut penser qu'il a donné à ses maîtres, dans les bornes de la mesure que l'autorité lui concédait, les moyens de leurs tâches. La preuve en est qu'à l'occasion d'une modification des structures, on a vu des groupes de professeurs proposer diverses rénovations que la nouvelle organisation n'exigeait pas manières d'enseigner, contenus d'enseignement, docimologie.Gilbert Perret accueillait toutes suggestions avec intérêt, et ne craignait pas de laisser la bride sur le cou de ceux qui souhaitaient innover, pourvu que la cohérence pédagogique fût assurée. Le pragmatisme était chez lui une forme de la générosité. Il était trop heureux de voir l'imagination profiter de la réforme des structures. Il avait pris sur lui, avec des collaborateurs dévoués, le travail relativement ingrat de la mise en place d'un cadre. Modestement, il s'effaçait devant ceux qui souhaitaient peindre une image à l'intérieur de ses frontières.
Tout cela a coûté assez cher à Gilbert Perret. Il avait le sens du service des autres, élèves d'abord, maîtres ensuite. Pour l'assurer, il a dû s'engager dans diverses luttes, dont certaines auraient pu lui être épargnées. Il lui arrivait d'en parler, discrètement. Nous avons « pratiqué » Gilbert Perret assez longtemps pour percevoir à quel point comptaient pour lui des relations qui dépassaient le formalisme des rapports hiérarchiques. Il prisait l'amitié en toutes circonstances, difficiles ou heureuses, tant celle qu'il nous témoignait que celle que nous pouvions lui témoigner en retour.
Dans sa vie privée, cet homme vivait évidemment sa famille d'abord. Il s'intéressait à l'histoire, aux biographies; il dessinait aussi, des portraits surtout, "bricolait" magistralement dans sa maison de Collonges, où il savait cultiver son jardin. De tout cela, nous ne connaissions évidemment pas grand-chose. Mais nous avons su au moins le poids de notre perte quand il nous a quittés.
MARIANNE EXTERMANN
Marianne Extermann reprend au pied levé les rênes du collège Rousseau lors du décès de Gilbert Perret, survenu brusquement en juin 1986. Directrice adjointe, elle assume la cérémonie des promotions dans ces circonstances difficiles. Elle est nommée directrice à la rentrée 1986, fonction qu'elle occupera jusqu'à sa nomination à la direction générale de l'enseignement postobligatoire en 1993, d'abord en tant que directrice du service du personnel enseignant, puis en tant que directrice générale, lors de la succession de Gérald Haury.
Marianne Extermann fait partie des enseignantes et des enseignants qui ont marqué de manière durable le collège. Professeur d'histoire, elle milite dès l'introduction du système à options pour un cours interdisciplinaire, qui se concrétisera, grâce à l'enthousiasme de plusieurs professeurs d'histoire et de géographie - certains enseignent encore aujourd'hui dans notre bâtiment - en un cours intégré de sciences humaines. Très active au sein du collège, tant par ses idées pédagogiques novatrices que par ses capacités d'organisatrice, elle est appelée très logiquement par Gilbert Perret pour succéder à Janine Wettstein, comme directrice adjointe.
Adepte convaincue du système à options instauré au collège Rousseau par son prédécesseur, elle profite de la révision de l'Ordonnance sur la Reconnaissance des certificats de Maturité (ORM 1985) pour parachever son application en rendant possible, pour les élèves ayant choisi une option forte hors des cinq disciplines composant traditionnellement les examens écrits et oraux de maturité, de passer un examen de maturité dans ces disciplines . Les examens de maturité se rapprochent ainsi du choix des élèves car, jusqu'alors, l'organisation rigide strictement réservée à 5 disciplines par type de maturité était une exigence de l'ORM. Des examens anticipés de maturité sont organisés en avril précédant la session de chaque année, pour l'allemand, les mathématiques ou la physique choisies en options normales. En remplacement d'une de ces disciplines, les élèves peuvent choisir de promouvoir une de leur options fortes comme sixième examen de maturité. Cet examen se déroule lors de la session « normale » de juin. Ainsi, comme l'avait souhaité Gilbert Perret, toutes les disciplines sont placées sur un même pied d'égalité, jusqu'à leur évaluation finale. C'était la dernière cohérence qui manquait au système à options, jusqu'alors non autorisée par l'ordonnance fédérale. La CFM a ratifié cette demande en 1986.
Durant toute la durée de son mandat au collège Rousseau, Marianne Extermann s'est efforcée d'être constamment à l'écoute des élèves, afin de les responsabiliser et de les rendre autonomes en les faisant participer à leur formation, pour qu'ils la construisent avec le corps enseignant.
Elle a, en ce sens, poursuivi la tradition du premier collège à options de Suisse, qui concrétise davantage un état d'esprit qu'un mode de gestion.
LE SYSTEME A OPTIONS
Le mandat
Mandaté par le Directeur général de l'enseignement secondaire, Monsieur Gilbert Perret, directeur, malheureusement décédé en juin 1986, avec la collaboration active des maîtres de son établissement, a mis en place une nouvelle structure au Collège Rousseau dès septembre 1973. Révolution? Non. Réforme. Toutes les exigences de l'ordonnance sur la reconnaissance des certificats de maturité sont respectées. Il s'est agi, dans ce cadre, d'introduire souplesse et variations. On ne s'est donc pas éloigné des normes admises : on a imaginé une manière plus riche d'y satisfaire. De quelle façon ?
Elargissement des choix
D'abord en élargissant, pour les élèves, la possibilité de choisir. Dans le système à sections, ils doivent opter pour l'un des quatre types de maturités. Dans le "Système Perret", ce choix s'impose toujours à eux; s'ajoute à cette nécessité celle de décider de l'importance qu'ils veulent accorder à chaque discipline, compte tenu des exigences fédérales et cantonales. L'élève prendra-t-il, dans telle discipline, un cours normal ou un cours intensif ? Un exemple: les mathématiques. S'il vise l'obtention d'une maturité scientifique, l'élève est tenu de suivre cette discipline en cours intensif, ce qui est conforme aux exigences de ce type. Mais il peut, amoureux des langues d'une part, féru de sciences exactes par ailleurs, s'inscrire à ce même cours intensif et cultiver les littératures. A la limite, il obtiendra, au terme de ses études, les certificats de deux types de maturité.
Cours à options et non cours à niveaux
Avant de poursuivre, une question: que sont ces cours "intensifs", ces cours "normaux" ? Des cours à niveaux ? Non. Des cours à options. Un élève, quel que soit son appétit, ne peut pas étudier toutes les disciplines en cours intensifs. Le temps disponible n'y suffirait pas. Si bien qu'on trouve dans un cours normal aussi bien des élèves doués que des élèves moyens, les deux types de cours se distinguant avant tout par l'étendue des programmes.
Les options supplémentaires
Les élèves ont, par ailleurs, la possibilité d'ajouter à leur ration obligée (normes fédérales et cantonales) des options supplémentaires. Ils en profitent largement. Ils peuvent donc explorer certaines disciplines pour le plaisir qu'ils y trouvent, tout en devant satisfaire aux exigences des enseignements qu'ils reçoivent dans ces disciplines.
Disciplines du ler et du 2e groupe: différence estompée
Un autre gain du "système Perret" : la distinction, tranchée dans l'organisation traditionnelle, entre disciplines du premier groupe et disciplines du second groupe - "principales" et "secondaires", comme l'on dit parfois - s'estompe, sans disparaître. Etant donné que toutes les disciplines offrent des cours intensifs et des cours normaux, le sport, les arts visuels, la musique, la philosophie, réduits dans le système classique à la portion congrue, peuvent prendre, dans un tel système, une nouvelle importance. Celle-ci ne se traduit pas seulement par le nombre d'heures accru accordé à ces disciplines en cours intensifs, mais aussi par le poids qu'elles prennent au moment de l'évaluation finale. Soumis, comme n'importe quel élève des gymnases suisses, à l'exigence d'obtenir certains "totaux", tant fédéraux que cantonaux, l'élève doit satisfaire, de plus, aux normes du système à options portant sur la langue maternelle et les cours intensifs qu'il a choisis.
Le système Perret n'est pas réservé à une élite
Est-ce dire que le "système Perret" n'est accessible qu'aux élites, que l'élève croule sous le poids d'exigences nouvelles ? Non. Insistons : il peut, d'appétit ordinaire, être modeste dans ses choix et parcourir un cursus qui n'est pas plus éprouvant que celui que proposent les autres gymnases. Qui ne l'est pas moins non plus. Il trouvera aussi, au Collège Rousseau, et désormais au Collège Sismondi également, la possibilité de déplacer les accents donnés aux diverses disciplines, à l'intérieur du garde-fou strict des normes fédérales et cantonales. Mais, dès lors qu'il a choisi une discipline en cours intensif, ses notes dans cette discipline (sciences de la terre, biologie, par exemple) doivent être de même niveau que dans les disciplines réputées "principales".
Pour l'élève choix, donc responsabilité
Le privilège du choix ne va pas sans une nouvelle définition de la responsabilité de l'élève. Si on lui consent certains nouveaux avantages, on souhaite, d'autre part, qu'il prenne en charge ses options. Rien ne peut être négligé de ce qu'il étudie la diversité n'implique nullement le laxisme.
Disparition de la « classe »
A propos de la diversité si tous les élèves se retrouvent dans l'un des quatre types de maturité, ils présentent par ailleurs, au gré de leurs options, des profils individuels différents très nombreux. Si bien que la classe n'existe plus. Les élèves sont répartis par cours, et se retrouvent rarement dans la même formation d'un cours à l'autre. Certains peuvent le regretter. Les élèves, dans une très grande majorité, ne le regrettent pas. Pourquoi ? Parce que, dans le système traditionnel, ils ne fréquentaient que leurs camarades de classe, et ne s'en trouvaient pas forcément heureux. Au Collège Rousseau, d'un cours à l'autre, la configuration des camarades change. Chacun rencontre donc un nombre plus grand de condisciples. D'autre part, les cloisonnements entre sections tendent à disparaître. Dans un cours de sciences humaines, par exemple, se retrouveront des élèves qui par ailleurs étudient le grec et le latin pour les uns, l'italien et l'anglais pour les autres. A cette occasion, bien des préjugés peuvent tomber.
Nouvelle relation maître - élève : le responsable de groupe
S'il n'y a plus de classes, il n'y a donc plus de maîtres de classe.Il y a peut-être mieux : des responsables de groupe. Un maître suit pendant quatre ans, sans forcément les enseigner - sauf pendant la première année - un certain nombre d'élèves dont il est le mentor, le tuteur. Il les conseille dans leurs choix, s'enquiert de leurs problèmes. Il connaît leur situation scolaire et essaie, autant qu'il est possible, de les guider. La relation est nouvelle. Elle ne va évidemment pas de soi; elle s'apprend, se module, se diversifie, d'un côté comme de l'autre.
L'harmonisation des enseignements
Nouvelle tâche, donc, pour les maîtres. Et celle-ci encore : étant donné les divers profils des élèves, il n'est jamais assuré que les élèves d'un cours, à tel degré, pour telle discipline, se retrouvent tous ensemble dans le même cours l'année suivante. La question de l'harmonisation des enseignements se pose donc de manière originale dans ce contexte : en troisième, par exemple, un maître "recevra" des élèves qui l'année précédente ont eu des professeurs différents pour une même discipline. Ces élèves doivent pourtant avoir les mêmes acquis fondamentaux.
La réforme stimule l'innovation maîtrisée
Puisqu'il y a plusieurs options pour chaque discipline, certains maîtres doivent faire face à une plus grande diversité de cours. Travail accru, évidemment. Intérêt plus grand, aussi. L'introduction du "système Perret" peut stimuler l'imagination pédagogique: à sa faveur, des innovations mesurées, contrôlées, apparaissent.
La gestion du système à options
Dans un système quelconque, variation et complexité vont ensemble. Cela s'est traduit en particulier dans la confection des horaires. Dans un système à sections, il y a l'horaire des classes et l'horaire des maîtres. Au Collège Rousseau, étant donné la diversité des profils des élèves, il faut prévoir un horaire pour chacun d'eux en sus de l'horaire des maîtres. La difficulté est surmontée grâce à l'imagination de quelques maîtres qui ont su utiliser à bon escient les ressources de l'informatique.
Textes de C. Widmer tirés de la Plaquette parue à l'occasion des 20 ans du Collège. Interviews de Mmes Uhlig et Perret.
Page valide XHTML 1.1 et CSS 2 © Collège Rousseau 2003