Hommage : le Directeur du Collège Rousseau, Gilbert Perret est mort

(Article du « Journal de Genève » du 6 juin 1986)

M. Gilbert Peret

Travailler avec Gilbert Perret était une chance. Nous en sommes désormais: privés. Il y a une semaine, la mort a brutalement emporté le directeur du Collège Rousseau. Il avait soixante-deux ans. Il ne sera pas là pour célébrer avec toute la communauté de l'établissement la dixième promotion d'élèves ayant obtenu leur maturité dans ce système à options dont il était l'âme.

Gilbert Perret était un grand praticien de la pédagogie. Tous ceux qui ont étudié la chimie sous sa houlette, au Collège, se souviennent sans doute de cet homme assez frêle qui avait le don d'intéresser les plus réfractaires, parce qu'il avait compris qu'enseigner c'est se mettre en scène soi-même, au service aussi bien du savoir à transmettre que de ceux qui veulent y accéder. Gilbert Perret, c'était une présence forte, un engagement, une générosité.

Instrument des causes pédagogiques qu'il avait épousées, Gilbert Perret, s'est toujours dépensé sans compter. Il était l'auteur d'un manuel de chimie. Il avait assumé ses premières responsabilités administratives en devenant doyen au Collège. Il avait été auparavant président de l'Union du corps enseignant secondaire genevois. C'est dire que, professionnellement, outre sa propre discipline, l'intéressaient aussi les tâches d'organisation.

En 1969, un mois après l'ouverture du Collège Rousseau, son directeur, Werner Uhlig, mourait. De cet autre grand pédagogue, Gilbert Perret fut le très digne successeur. Mandaté par le Département de l'instruction publique, il lui revint de concevoir d'abord, puis de mettre sur pieds et de maintenir, une réforme maintenant solidement inscrite dans les faits. Il y voua toute son intelligence et toute son énergie, emportant dans sa foulée un corps enseignant acquis à ses idées. Contre les diverses réticences, il défendit avec ténacité la « réforme-Rousseau », qu'on pourrait aussi bien nommer la « réforme-Perret », tant elle fut sa chose et l'obsession de ses dernières années.

Par son pragmatisme, son audace tranquille et raisonnée, son goût de l'innovation fondée, Gilbert Perret fut pourries maîtres de son établissement à la fois un exemple et un soutien. Il savait reconnaître la compétence de ceux qui l'entouraient et, ferme dans l'affirmation des principes qui conditionnent l'équilibre d'une école, il accordait volontiers à ceux qu'il a toujours considérés comme ses collègues cet espace de liberté indispensable à un enseignement dynamique.

La part de l'amitié
Nous regrettons le directeur; nous n'en avons pas fini de regretter l'homme. Si la tristesse nous prend, c'est qu'il avait noué avec les personnels de son collège, des liens où l'amitié avait sa part. A l'occasion, il aimait à se confier, discrètement, et sollicitait des attitudes qui allaient bien au-delà du formalisme qui peut grever des relations où la hiérarchie prend trop du place. L'humour, la sympathie, la compréhension, la complicité étaient souvent l'ordinaire de nos rencontres avec Gilbert Perret.

De cet homme, il faudrait dire encore bien des choses pour lui rendre justice. Mais la mort ne permet pas que justice soit jamais rendue à personne. En disparaissant, Gilbert Perret laisse la communauté du Collège Rousseau dans la peine ; il laisse aussi dans l'affliction une épouse et un fils, jeune encore. Qu'ils sachent que notre solidarité et notre compassion les embrassent.

Charles Widmer
Maître au Collège Rousseau

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